La vie de Danielle Christiane Auger a été une leçon de courage. Voici son histoire, écrite avec amour par sa mère Donna Coleman.

Danielle est née le 25 février 1981. Son arrivé dans le monde n’était pas la plus gracieuse : un cas de siège! Elle est née prématurément de trois semaines et elle était fougueuse! Pendant ses premières années, ses cheveux bouclés étaient toujours dans le vent et elle adorait donner des ordres à ses deux frères. Un était de 16 mois son aîné et l’autre 19 mois son cadet. Elle était très protectrice des ses frères.

Lorsque Danielle a eu cinq ans, elle a été diagnostiquée avec un diabète insulino-dépendant. Elle avait la même condition que son frère aîné, lui aussi diagnostiqué au même âge. À sept ans, Danielle a souffert d’un coma diabétique causé par un virus de la grippe et en raison d’une insuffisance d’insuline, que j’aurais dû lui administrer. Les médecins ont dit qu’elle pourrait en mourir. Je me souviens avoir parlé à Danielle tout au long de son coma et de lui avoir dit de me revenir. Après quelques jours, elle s’est réveillée. Même à ce jeune âge, elle était une combattante.

Pendant ses années au primaire, elle faisait toujours des bêtises. Un jour, je l’ai trouvée sur le bord de la fenêtre au-dessus du garage. Elle voulait être libre de faire ce qu’elle voulait comme ses frères, tel que de la bicyclette et aller à la pêche. Je n’ai pu l’habiller en jolies robes que jusqu’à ce qu’elle ait l’âge de refuser. Elle avait certainement sa propre personnalité.

Comme adolescente, elle a passé à travers les expériences propres à cet âge: les cigarettes, l’essai de la marijuana (elle est devenue verte et a eu des nausées!) et la boisson. Elle avait beaucoup d’amis, filles et garçons. Vers la fin de son adolescence, elle a été diagnostiquée d’un diabète neuropathique et son corps entier était en douleur. Elle a été hospitalisée pendant les trois mois durant lesquels les médecins essayaient de découvrir pourquoi elle était si malade. Son estomac était paralysé, ses terminaisons nerveuses étaient douloureuses et sa tension artérielle était comme une balle qui rebondissait. Elle a lutté contre la douleur durant cette période où elle a perdu trente livres. Elle a refusé de voir ses amis, car comme elle le disait : « Qui voudrait la voir comme ça ? » Après quelques mois, elle a commencé à récupérer.

Plus tard, dans le début de la vingtaine, elle a été diagnostiquée avec une rétinopathie diabétique. Elle avait encore des problèmes avec le saignement dans les yeux. Bien sûr, elle était obstinée et fumait encore à l’occasion. Elle devait souvent aller voir un spécialiste de la rétine pour des procédures au laser très douloureuses. Je me souviens d’un incident extrêmement douloureux où ils ont dû insérer une aiguille dans son œil pour l’insensibiliser. Ce fut une épreuve terrible. Elle a eu tellement de procédures au laser qu’elle avait du tissu cicatriciel sur sa rétine. Son médecin avait dit qu’elle allait perdre la vue dans un œil. Une chirurgie pouvait enlever le tissu cicatriciel, mais ceci présentait aussi un gros risque de cécité. Danielle a été courageuse et a décidé de subir l’opération, car elle était trop jeune pour perdre sa vue. À mon grand soulagement, elle a aussi arrêté de fumer.

Peu de temps après, Danielle s’est rendue à l’hôpital, se plaignant d’une pneumonie et les médecins lui ont dit : « Vos tests sanguins démontrent que vous êtes en insuffisance rénale ». Je me rappelle quand elle m’a appelé pour me le dire. Elle a toujours fait face à chaque obstacle. Elle n’a jamais dénié ce qui lui arrivait. Nous n’avions aucune idée combien de temps il lui restait pour ses reins. Ce fut un long processus : prise de médicaments ainsi que rendez-vous et consultations médicales interminables. Finalement, après quelques années, ses reins ne fonctionnaient tout simplement plus et elle a dû commencer la dialyse. Elle a choisi de faire la dialyse à domicile, appelée également dialyse péritonéale. Elle travaillait comme gérante du service d’entretien dans un hôtel haut de gamme local. La dialyse à domicile lui a permis de continuer d’avoir une vie plus ou moins normale. Pendant cette période, elle a rencontré l’amour de sa vie et ils ont acheté une maison ensemble. Nicholas était parfait pour Danielle: il était gentil, attentionné et il n’avait pas peur de faire face aux épreuves difficiles.

Après quelques années, Danielle a reçu un appel l’informant que l’hôpital avait un rein et un pancréas pour elle. Nous avions tous été testés pour un don de rein, mais dans un monde parfait un pancréas serait la « cure » pour son diabète, donc un don de pancréas protégerait le nouveau rein. Je me rappelle très bien de ce jour. Danielle m’avait appelé pour me dire : « Maman, je ne veux pas te faire peur, mais ils ont appelé pour me dire qu’ils avaient un rein et un pancréas pour moi, alors je dois aller à l’hôpital tout de suite. On se voit là-bas. » J’étais à une levée de fonds contre le cancer lorsqu’elle a appelé, et je suis retournée à la maison pour trouver ce message sur le répondeur. Lorsque je suis arrivée à l’hôpital, on y sentait une atmosphère de joie et de célébration. L’opération s’est effectuée le jour-même. Elle a reçu son congé de l’hôpital cinq jours plus tard. Malheureusement, une infection est apparue et elle a été hospitalisée, une fois de plus, pour quelques semaines. Ce fut une récupération difficile, car plusieurs problèmes se sont présentés. Les infections continuaient d’apparaître, les visites chez les médecins et les médications interminables commençaient à la décourager.

Grâce à sa force d’esprit, Danielle a finalement pu commencer la récupération de sa greffe d’organes. Les rendez-vous chez les médecins ont diminué et pendant les prochaines années Danielle a retrouvé la santé. Après un an, elle a pu retourner au travail. Durant les deuxième et troisième années de sa récupération, elle se sentait mieux que jamais. Elle et Nicholas se sont fiancés et ont commencé leurs plans pour le mariage. Danielle avait vécu vingt ans de sa vie malade et maintenant elle pouvait finalement faire des plans pour son avenir. Danielle aimait recevoir ses amis chez elle et elle était très organisée. Elle adorait les chandelles. Un jour, elle m’avait dit : « Maman, je suis en train de devenir comme toi, je fais les mêmes choses que toi! ». Je lui ai dit que j’étais fière d’elle!

Danielle et Nicholas voulaient avoir un enfant. Les chirurgiens de sa greffe lui ont donné le « OK » pour devenir enceinte car plusieurs années avaient passé depuis sa greffe. Je me souviens du jour où elle nous a reçue chez elle pour un pique-nique et nous a annoncé qu’elle et Nicholas deviendraient des parents. Après tant d’années malade, c’était merveilleux de la voir excitée et contente de devenir mère.

Deux mois plus tard, tout a commencé à aller mal. Danielle devait constamment se faire suivre par un médecin car sa situation présentait de hauts risques. Elle disait que tout cela en valait la peine, mais elle ne le ferait seulement qu’une fois. Les plans pour le mariage ont été mis en attente jusqu’à ce qu’Olivia naisse. Un jour, Danielle m’a dit qu’elle souffrait de symptômes de rejet de greffe et qu’elle allait devoir prendre des médicaments anti-rejets. Il n’était pas évident à quel point ceci allait affecter le bébé, mais elle n’avait pas le choix. Dix jours plus tard, elle pouvait sentir des glandes enflées sur son cou. Elle était chez moi et se plaignait d’avoir mal au cou. Plusieurs médecins ont été consultés et plusieurs tests ont été effectués, mais ils ne trouvaient pas la cause. Finalement elle est allée voir un oncologue. Danielle a subi un test douloureux de la moelle osseuse, sans anesthésie en raison de sa grossesse. Elle était enceinte de 22 semaines. Au début, le médecin lui a dit que tout allait bien, ce n’était pas la leucémie. Mais un appel téléphonique quelques jours plus tard a changé le reste de sa vie. Elle avait été diagnostiquée avec une leucémie myéloïde aiguë (LMA), une leucémie très agressive. Son obstétricien lui a dit qu’il fallait commencer la chimiothérapie tout de suite, car sauver la vie de Danielle était la priorité.

Les premiers traitements de chimiothérapie ont commencé et Olivia était suivie à tous les jours. Son petit battement cardiaque semblait bien et la grossesse progressait normalement. Un autre test de la moelle osseuse, encore une fois sans anesthésie, fut fait. Une fois la première série de traitements de chimio terminée, la grossesse en était à sa vingt-septième semaine. Danielle était censée pouvoir passer la fin de semaine à la maison, mais une échographie a révélé l’absence de liquide amniotique et il fallait procéder à un accouchement d’urgence car le bébé était en détresse. Olivia est née par césarienne à 27 semaines et pesait 1.5 livres. Elle n’a survécu que 19 heures. Danielle et Nicholas étaient inconsolables. Je me rappelle des moments ou Danielle avait de la joie au visage en écoutant les battements de cœur d’Olivia. Le chagrin était écrasant car le seul espoir dans cette lutte venait de s’éteindre. Au lieu de passer la fin de semaine à la maison, Danielle récupérait d’une césarienne et de la perte de son seul enfant. Une semaine plus tard, elle a commencé sa deuxième série de traitements de chimiothérapie.

La chimiothérapie semblait fonctionner. Les tests continuaient sans cesse, mais Danielle les a subis avec courage. Les médecins voulaient faire une bronchoscopie et ils lui ont expliqué les risques. Je lui ai dit qu’elle pouvait toujours refuser. Nicholas et Danielle se consultaient toujours avant de décider de procéder avec des tests. Elle a suivi les recommandations des médecins. Elle a expliqué que lorsqu’ils effectuaient le test, elle avait une sensation d’asphyxie. Je ne crois pas que j’aurais été si brave. J’aurais probablement refusé le test.

Encore une fois, une autre série de traitements de chimiothérapie. La leucémie devenait plus agressive et rapide. Nous perdions notre lutte. À Noël, les médecins lui ont dit qu’il n’y avait plus rien à faire. Comment réagir lorsque quelqu’un nous dit qu’il n’y a plus d’espoir? Danielle m’a demandé : « Maman, pourquoi tout ça m’arrive? Je ne veux pas mourir, qu’est-ce que j’ai fait de mal? » Comme mère, comment répondre à ces questions? Danielle a tellement souffert :cinq tests de moelle osseuse, trois séries de chimiothérapie et une multitude de transfusions sanguines, d’examens TDM et d’échographies. Danielle gardait l’espoir. Nous avons opté pour dix traitements de radiation et de la naturopathie. Nous ne pouvions pas savoir combien de temps il lui restait.

La vision de Danielle a été sérieusement affectée par tous les anticoagulants, une faible numération plaquettaire et les problèmes de pression artérielle. Par contre, sa volonté demeurait forte. Elle a pu revenir à la maison pour trois semaines. Les dernières trois semaines de la vie de Danielle ont étés les pires. Elle détestait avoir besoin d’aide pour marcher, elle était en douleur, elle devenait parfois désorientée et elle manquait d’oxygène. Elle fut réadmise à l’hôpital. Elle a dit aux médecins en soins palliatifs qu’elle n’avait pas peur, qu’elle allait être réunie avec sa fille Olivia. Elle était toujours aussi résolue, se plaignant lorsque je lui frottais la main. Alors que nous pensions qu’elle dormait, elle se joignait soudainement à notre conversation. Danielle est morte après une lutte de cinq mois contre la leucémie. Ses funérailles ont eu lieu le 25 février 2010, le jour de son anniversaire. Elle avait 31 ans.

Nos cœurs sont brisés maintenant que la lumière et le centre de notre famille nous a quitté. Personne ne sait pourquoi certaines personnes doivent subir autant de mal. Parfois, la vie n’est pas juste. Danielle avait tellement de problèmes de santé et elle leur a toujours fait face. Elle ne sait jamais cachée de la vérité. Elle a vécu sa vie avec tant de courage et d’ardeur, des traits qui lui ont servi dans ses moments les plus sombres. Elle n’a jamais cédé au désespoir.

Maintenant, je tiens Danielle très proche de moi: dans mon cœur. J’espère pouvoir vivre le reste de mes jours avec le courage qu’elle a démontré. J’ai tellement appris d’elle. Elle a vécu sa vie. Elle aimait la vie, Nicolas et ses chiens. Elle a laissé son empreinte dans nos cœurs à tout jamais. Comme Danielle nous l’a rappelé, la vie est précieuse, le temps file et il n’y a aucune garantie.

VIVRE, AIMER, RIRE

Danielle Auger